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Brightspark Ventures : Démocratiser le capital de risque

Pour une industrie qui investit dans l’innovation, le capital de risque demeure étrangement traditionnel dans son propre modèle de fonctionnement. C’est ce que Brightspark Ventures a entrepris de changer il y a quelques années.

C’est presque une règle non écrite : si vous êtes partenaire dans une firme qui investit dans des startups, il y a de fortes de chances que vous ayez vous-même démarré, dans le passé, une ou des entreprises qui sont devenues des succès. Les partenaires de Brightspark Ventures, eux, n’ont en fait jamais cessé de créer des entreprises.

Et leur dernière pourrait changer la donne dans le monde du capital de risque lui-même.

Ouvrir l’univers du capital de risque

Sophie Forest est l’un des deux associés directeurs de Brightspark Ventures, firme créée à la fin des années 1990 et à laquelle elle s’est jointe en 2003.

« Au début des années 2000, explique-t-elle, nous avons créé deux fonds de capital de risque ‘traditionnels’. Puis, la crise de 2008 est venue rendre les investisseurs institutionnels beaucoup plus frileux face au risque et nous a ramenés à nos sources : nous avons alors fondé nous-mêmes trois nouvelles entreprises. L’une d’elles, Jewlr, fait toujours partie de notre portefeuille. Une autre a été vendue, et la dernière en date est notre propre plateforme, entièrement en ligne, dédiée à la levée de fonds en capital de risque. »

L’originalité de cette plateforme ? Elle ouvre l’univers du capital de risque aux investisseurs particuliers.

« Nous avons réalisé que notre industrie, au Canada, restait largement fondée sur l’investissement institutionnel. Or il s’avère que les particuliers à haut niveau d’actif souhaitent eux aussi avoir accès à des classes d’actifs non traditionnelles – comme le capital de risque, le placement privé ou l’immobilier institutionnel – dans le but de répliquer les portefeuilles et les rendements des grands investisseurs institutionnels. La plateforme de Brightspark vient donc créer un accès pour une de ces classes d’actifs : le capital de risque. »

Des règles

La plateforme de Brightspark, précise Sophie Forest, est un peu une entreprise hybride où une startup dans le domaine de la fintech se marie avec une expertise de 20 ans en matière de capital de risque. 

« Les particuliers qui investissent dans des entreprises par l’entremise de notre plateforme ne sont pas nécessairement des anges qui veulent être là quand naîtra le futur Hopper. Ils le font simplement dans une optique de diversification, en ajoutant à leur portefeuille une catégorie d’actif qui en était absente. D’ailleurs nous leur disons toujours : s’il vous plaît, diversifiez ! Avec le capital de risque, votre rendement n’est pas garanti et vous pourriez même perdre tout votre argent. En revanche, vous pourriez aussi faire dix, vingt fois votre mise sur certaines entreprises. »

La plateforme de Brightspark est offerte aux particuliers à haut niveau d’actif qui sont des investisseurs accrédités et répondent à certains critères en termes de revenu et d’actif. Soulignant le succès de la plateforme, Sophie Forest précise qu’au cours des trois à cinq dernières années, la totalité des nouveaux investisseurs de Brightspark ont été des investisseurs particuliers.

Un troisième fonds

La firme, qui compte aujourd’hui une douzaine d’employés, ne délaisse pas pour autant la formule traditionnelle du fonds de capital de risque. En 2019, elle a mis sur pied son troisième fonds, destiné principalement aux investisseurs institutionnels et qui lui permet de procéder à de nouveaux investissements dans des entreprises comme celles qui ont fait son succès depuis 1998 : des compagnies québécoises et canadiennes, en phase de démarrage (voire de pré-demarrage), et qui présentent un potentiel de croissance spectaculaire.

Sophie « Notre champ d’investissement balaie de façon très large tout le domaine des TI – qui, il est vrai, traverse de nombreux secteurs – mais nous nous tenons loin de ce que nous ne connaissons pas. Nous sommes prêts à prendre des risques, mais éclairés. »

Au nombre des investissements à succès de Brightspark depuis sa création, on retrouve notamment des entreprises comme ThinkDynamics, qui a été acquise par IBM Symantec en 2003 ; iStopOver, vendue à 9flats en 2012 ; ou encore Radian6, qui a valu à Brightspark le CVCA Deal of the Year Award pour sa stratégie de sortie. Reconnue comme un jalon dans l’histoire de la tech au Canada, Radian6 a été acquise par Salesforce pour la somme de 326 millions de dollars.

Présentement, le portefeuille de Brightspark compte des entreprises prometteuses comme la québécoise Hopper, qui vient bouleverser l’industrie du voyage avec une offre que les grands joueurs n’avaient pas vu venir ; InVivo AI, firme montréalaise qui utilise l’intelligence artificielle pour accélérer le développement de nouveaux médicaments ; ou encore Classcraft qui, à partir de ses bureaux à Sherbrooke, Montréal et New York, développe des applications éducatives pour améliorer l’engagement et l’apprentissage des étudiants.

L’Espace CDPQ : brillant

Brightspark Ventures est partenaire de l’Espace CDPQ depuis les tout débuts, et ce n’est pas un hasard. 

« Nous avons trouvé l’idée brillante dès le départ, commente Sophie Forest, parce qu’elle nous permettait de partager à la fois des ressources, des connaissances et des possibilités de co-investissement avec d’autres firmes en capital de risque. Il ne faut pas oublier que nous sommes souvent des petites organisations avec de grands besoins. Au fond, à plusieurs égards, nous fonctionnons nous-mêmes comme des startups.

C’est peut-être pour ça, aussi, que nous les comprenons. »

 

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Derrière les chiffres

 

Derrière les chiffres


Un aperçu des lectures du personnel de Brightspark  – et des causes qui leur tiennent à cœur.

 

Ce que Sophie Forest aime le plus dans son métier

« Travailler avec des entrepreneurs inspirés. La passion, l’énergie, la foi qu’ils et elles me communiquent. Cela m’inspire le plus grand respect. »

Ce qu’elle aime le moins dans son métier

« Les montagnes russes et le stress. Le capital de risque, ce n’est pas un long fleuve tranquille. »

Une figure inspirante

« Michelle Obama. Pour des femmes comme moi qui sont souvent ‘the only woman in the room’, c’est un modèle. »

Sur sa table de chevet

« Les Testaments de Margaret Atwood. Mãn, de Kim Thuy. Bad Blood, l’histoire de la fraude monumentale de Theranos. Et la biographie du fondateur d’Alibaba, Jack Ma. »

La série qu’elle a le plus aimée

« The Handmaid’s Tale. La seule, je crois, que j’ai binge-watchée. C’est une histoire bouleversante. J’ai aussi bien aimé Chernobyl, et bien sûr Big Little Lies de Jean-Marc Vallée. »

La playlist qu’elle écoute présentement

« Celle de ma fille ! »