Capital de risque et investissement : cours de dating 101 | Espace CDPQ
Retour

Capital de risque et investissement : cours de dating 101

C’est un peu la star du monde startup

Élusif, il impressionne et intrigue. Dans l’esprit de beaucoup, il est le marchepied qui permet à tout entrepreneur ambitieux de grimper vers les sommets. Mais le capital de risque, de son petit nom, renvoie à une réalité plus complexe que l’image qu’on s’en fait — celle d’un conte de fées dans une enveloppe, donnée aux futurs Steve Jobs. En fait, le capital de risque, bien qu’il demeure souvent une des composantes les plus en demande de l’aventure startup, ne constitue pas une option idéale pour tous les entrepreneurs et tous les modèles d’affaires, loin de là. Mais alors, qu’est-ce que c’est vraiment, le capital de risque? Et quand peut-il nous être utile? Le Mouvement des accélérateurs d’innovation du Québec (MAIN) et l’Espace CDPQ se sont penchés sur la question.

« Train the trainers »

« La formation d’aujourd’hui, on va dire que c’est une formation 101. Et attendez-vous à ce qu’il y ait des formations 201, 301… On se souhaite une longue série! »

Jeudi 7 octobre. 9 heures. Dans la fenêtre Zoom, 34 représentants d’incubateurs et d’accélérateurs de toutes les régions du Québec sont réunis pour assister au premier événement d’une série de formations présentée par MAIN et l’Espace CDPQ.  Les deux organismes ont décidé d’allier leurs forces pour proposer des pistes de réflexion et des outils pratiques aux acteurs de l’accélération qui accompagnent les startups dans leur développement. L’objectif? « Train the trainers », former les formateurs, pour qu’ils puissent offrir le meilleur soutien aux entrepreneurs, notamment à l’égard de la question du financement. 

Le capital de risque, ça mange quoi en hiver?

Guillaume Caudron« Le premier risque pour moi aujourd’hui, ça va être de définir le capital de risque en peu de mots », lance d’entrée de jeu Guillaume Caudron, sourire en coin. Pour le président directeur général de Réseau Capital, l’association qui regroupe les acteurs du capital d'investissement au Québec, bien comprendre le fonctionnement et les enjeux liés au capital de risque n’est pas chose aisée, mais demeure une nécessité pour le développement d’un écosystème startup dynamique. 

D’abord, qu’est-ce que c’est exactement, le capital de risque? « Au sein du capital d’investissement, on distingue deux grandes branches. D’abord, le capital de développement, dont l’objectif est d’accélérer la croissance d’entreprises déjà établies. Ensuite — et c’est ce qui nous concerne ici — le capital de risque, qui renvoie à des investissements de plus petites tailles qui interviennent à un stade beaucoup plus précoce du développement d’une entreprise. Le capital de risque, c’est les fonds que des commanditaires — des gestionnaires d’actifs privés ou publics — décident d’allouer à des acteurs d’investissement, des « VC » (venture capitalists, en anglais), qui eux investissent dans des entreprises en démarrage ».

Or, pour Guillaume Caudron, une précision demeure ici fondamentale : « Il est important de considérer que le capital n’est pas juste une transaction financière, mais aussi un partenariat stratégique et un accompagnement de la part de l’investisseur ».

Pas juste de l’argent 

financement et croissance
 
Pourquoi considérer le capital de risque dans le financement de son entreprise? Réponse : parce qu’on a beaucoup à y gagner. Et surtout beaucoup plus que de l’argent.

Jacques Perreault

Pour Jacques Perreault, associé senior chez Brightspark Ventures, le capital de risque constitue bien évidemment une opportunité de financement rare pour les entrepreneurs qui n’auraient pas accès à de tels fonds par les voies traditionnelles — mais pas seulement. « Via le capital de risque, on amène pas juste des fonds : on amène une valeur ajoutée, on amène de l’accompagnement, un réseau, des ressources ». Le capital de risque, c’est donc avant tout une opportunité d’accès à l’expertise : « à la fin de la journée, ce sont les fondateurs qui décident de l'orientation de l’entreprise, mais nous on est là pour les aider, leur ouvrir des portes ». 

Julie PlouffeJulie Plouffe, associée principale, cheffe de la direction financière chez White Star Capital et « passionnée du capital de risque », témoigne pour sa part être « éblouie » par l’expertise et l’implication de ses collègues qui accompagnent des entreprises en développement. Selon elle, l’expérience du capital de risque demeure avant tout caractérisée par un désir d’engagement sincère : « quand tu as le choix devant 5000 entreprises et que tu en choisis douze, c’est que t’es tombé en amour avec celles que tu as choisies ». 

De l’importance d’être prêt.e.s

La prémisse est invitante, les résultats, prometteurs. Mais avant de se lancer dans l’aventure du capital de risque, une chose est claire : il faut être prêt.

« C’est important du côté des fondateurs de se poser les bonnes questions. Est-ce que je suis prêt pour solliciter du capital de risque? Est-ce que je suis au bon moment dans le développement de mon entreprise? Quelles sont mes ambitions? ». Pour Jacques Perreault, si le capital de risque demeure une voie de croissance inestimable pour certaines entreprises, ce n’est cependant pas une solution universelle. « C’est pas pour tout le monde », établit-il clairement. « Nous, c’est clair qu’on cherche des entreprises qui, en bout de ligne, seront gagnantes. Ça veut dire que les entrepreneurs avec qui on travaille doivent être prêts à ça : ils doivent s’attendre à ce que les partenaires financiers demandent une croissance au-dessus de la normale ». L’objectif des investisseurs? « Que chaque deal “fasse le fond” », autrement dit, que chacun des investissements d’un fonds de 100 millions, par exemple, ait le potentiel de rapporter 100 millions au fonds au moment de la sortie.

Ce n’est pas tous les entrepreneurs qui sont prêts à s’engager dans cette voie et, rappelle Jacques Perreault, « ce n’est pas grave ». « Il y a beaucoup d’entreprises qui n’ont jamais touché à du capital de risque et qui sont des succès aujourd’hui ». Julie Plouffe abonde dans le même sens: ce ne sont pas tous les entrepreneurs qui sont destinés à avoir recours à du capital de risque. « C’est vraiment ce profil-là, cet appétit extrême pour la forte croissance qui va être le facteur déterminant ». Elle insiste sur la nécessité pour les entrepreneurs de faire un travail « d’introspection et d’humilité », et de prendre le temps de s’assurer qu’il s’agisse bien d’une expérience alignée avec leurs motivations et leurs ambitions.

De l’importance d’être vraiment prêt.e.s

C’est bon? Vous avez décidé de vous lancer dans l’aventure du capital de risque? Minute, il reste encore quelques enjeux auxquels réfléchir.

D’abord, la question de la propriété de l’entreprise. Avec la quête de capital de risque vient l’enjeu de la dilution : « C’est sûr que pour un entrepreneur qui veut garder le total contrôle de son entreprise, le capital de risque ce n’est pas la meilleure solution », explique Julie Plouffe. « Il faut accepter d’avoir plusieurs partenaires autour de la table et de travailler dans un but commun ».

Ensuite, le choix des fonds. Un entrepreneur qui décide de se lancer doit d’abord faire un travail de recherche sur les fonds de capital de risque qu’il sollicite. « C’est important de comprendre dans quoi les fonds investissent. Si vous faites dans les technologies médicales et que vous vous adressez à un fonds qui fait uniquement dans les logiciels, le taux de refus va être de 100% », rappelle Jacques Perreault. 

Approcher des investisseurs

réseautage

Cette fois c’est la bonne. 1—2—3—go, vous vous lancez dans la course au capital de risque. Selon Julie Plouffe, préparez-vous à réseauter et à recommencer plusieurs fois le même processus.

Première étape : le pitch deck, ou l’argumentaire de vente. Selon Jacques Perreault, tout bon pitch deck doit comporter plusieurs éléments clés. « Pour accrocher l’intérêt d’un investisseur, il faut lui faire comprendre rapidement c’est quoi le problème à résoudre et la manière dont vous allez être capable de le faire avec votre projet. Ensuite, il faut montrer qu’il s’agit d’un marché qui est porteur et que l’équipe de la startup est capable de le rejoindre. Finalement, on veut voir votre vision et la manière dont elle va se présenter en chiffres ». M. Perreault note également qu’il est toujours opportun de chercher à être référé : « c’est clair que si on a un dossier qui a été référé par quelqu’un qu’on connaît, ça risque de mettre votre dossier sur le sommet de la pile. Passer par MAIN ou par le réseau des accélérateurs et incubateurs, c’est une bonne piste ».

Au-delà du pitch deck, d’autres éléments doivent également faire l’objet d’une préparation en amont. « Quand les fonds sont intéressés, à un moment très préliminaire, ils vont vouloir regarder sous le capot, valider le data room », explique Julie Plouffe. « Ils vont vouloir mieux connaître l’équipe, regarder le budget, l’information sur les ventes, les clients, les compétiteurs — et c’est très important de structurer ça au préalable ». Un point à noter, ajoute Jacques Perreault, est que les fonds de capital de risque ne signeront pas d’entente de confidentialité : « on est pas là pour voler des idées, mais on va vouloir se parler entre nous, à travers le réseau des fonds de capital de risque : l’entrepreneur doit accepter que ça fait partie du processus ».
 
« Les fiançailles avant le mariage », négocier les termes et conditions

C’est le coup de foudre? Vous avez trouvé votre match? « Une fois que vous avez eu quelques rencontres de travail, il reste encore beaucoup de vérifications à faire », explique Jacques Perreault. « Ça nous permet de vous tester comme partenaire, de voir comment vous réagissez à nos questions. Et une fois qu’on commence à bâtir cette confiance-là, il y a de bonnes chances qu’on arrive à ce qu’on appelle un term sheet, une lettre d’offre conditionnelle ». À cette étape, le fonds détermine la taille de son investissement dans la ronde de financement, ainsi que d’autres conditions nécessaires : sièges au conseil d'administration, instauration d’actions et rédaction des documents légaux relatifs à l'investissement. 

« Lorsqu’on fait un term sheet, on ne le fait pas à la légère », prévient Jacques Perreault. « C’est important de bien regarder toutes ces conditions avant de signer une lettre d’offre. Ça vaut la peine de s’associer avec des bons conseillers, notamment des avocats, qui peuvent vous aider ». Selon Julie Plouffe, un des devoirs prioritaires pour l’entrepreneur est de s’assurer d’être face à une offre qui lui convient vraiment: « en termes de valorisation [l’évaluation de la valeur de l’entreprise en fonction de laquelle la participation des investisseurs est déterminée, NDLR], accepter un montant trop bas comme accepter un montant trop haut, c’est un faux pas ». La leader d’expérience insiste également sur l’importance des attentes des partenaires : « Est-ce qu’on est face à un partenaire qui est patient? Est-ce que cette personne-là va t’accompagner si ça va moins bien? Il faut vraiment faire ses devoirs de ce côté-là. C’est un équilibre très fragile de négociation, de respect et de confiance ».

La vérification diligente : le moment de vérité

Quoi, encore des étapes? Eh oui, rien trop de beau pour le capital de risque!

Une fois qu’on s’entend sur les conditions de la term sheet, il reste encore beaucoup de travail à abattre.  « À ce moment-là, on va se lancer dans une vérification beaucoup plus costaude » explique Jacques Perreault. « On va se pencher sur la technologie développée, on va revenir sur le plan d’affaires, parler aux clients, faire des entrevues avec les gestionnaires. On va faire des scénarios, des prévisions financières, et s’assurer que les liquidités montrent une viabilité à court terme ».

Attention, prévient Julie Plouffe, « c’est une période très exigeante pour l’entrepreneur parce qu’il y a beaucoup de requêtes ». Par contre, dit-elle, « on ne cherche pas la perfection : on veut surtout s’assurer que l’entreprise est prête pour les prochaines étapes de son développement ».

Clôturer l’investissement 

Une fois que les tourtereaux ont fini d’apprendre à se connaître, voici enfin le temps de sceller l’union. La dernière étape du processus consiste à construire l’essentiel des documents légaux qui vont clôturer l’investissement. « Le fonds accompagne souvent l’entrepreneur pour assurer qu’on bâtisse des éléments légaux bien structurés qui vont permettre à l’entreprise de croître », explique Mme Plouffe. « À ce moment-là, ça va être important pour l’entrepreneur de faire appel à des firmes qui ont de l’expertise en capital de risque, notamment parce qu’en bout de ligne, ça va être beaucoup moins coûteux et efficace », spécifie Jacques Perreault.

Enfin, c’est officiel. L’investissement est clôturé, le lien est construit. À quoi s’attendre maintenant? « S’il y a un mot qu’il faut retenir à partir de là », explique M. Perreault, « c’est partenariat. Ce à quoi on s’attend, c’est à une communication régulière et transparente : on veut savoir ce qui se passe, comment on peut aider. Et encore une fois, on ne s’attend pas à la perfection; on connaît les réalités des entreprises en démarrage, on sait que ce n’est jamais une ligne droite, qu’il y aura des obstacles. Mais on est là pour passer à travers ensemble ».

Et voilà: une étape qui se termine et une nouvelle qui commence. Et comme dans tout bon mariage, c’est maintenant le temps de célébrer… et de dépenser. Parce que, à partir de maintenant, « c’est la dépense qui propulse la croissance! ». Santé!


Texte et illustrations de Juliane Choquette-Lelarge, Conceptrice-rédactrice chez MAIN.