Lighthouse : la lumière au bout du métavers | Espace CDPQ
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Lighthouse : la lumière au bout du métavers

Il faudra peut-être de nouveaux repères aux utilisateurs pour se retrouver dans le métavers. La startup montréalaise Lighthouse se propose de les doter d’une nouvelle boussole, mieux : un phare pour naviguer dans cet univers inédit.

Pourquoi le métavers fait-il rêver ? Peut-être parce qu’il est la promesse d’expériences Web que peu d’entre nous ont encore vécues. La réalité pourrait cependant être bien différente : lorsque vous entrerez dans le métavers, vous avez en fait de fortes chances d’y être complètement perdu.

C’est à ce problème que s’attaque Lighthouse Labs. Fondée à Montréal au début de 2022 par Jonathan Brun et Justine Massicotte, la jeune pousse se propose de procurer aux utilisateurs du métavers un outil pour retrouver facilement les amis, les créateurs, les expériences, les actifs, les endroits et les événements qu’ils recherchent, chose qui est impossible avec les moteurs de recherche traditionnels. À peine quelques mois après sa création, la firme recueillait pas moins de sept millions de dollars US dans le cadre d’une première ronde d’investissement et elle procédait à ses premières embauches. Elle compte aujourd’hui près d’une quinzaine d’employés, la plupart basés à Montréal.

Mais d’où vient précisément Lighthouse et où se dirige-t-elle ? Entrevue avec Jonathan Brun, son cofondateur.

Q :       Pour bien saisir la vision de Lighthouse, il faut d’abord comprendre le marché auquel elle s’attaque : comment définissez-vous le métavers ?

JB :    Le métavers est un ensemble d’espaces numériques en trois dimensions dans lesquels on peut naviguer à partir de différents appareils, notamment un ordinateur, un téléphone intelligent ou un casque de visualisation 3D. Ces espaces hébergent différents mondes où on peut entrer en relation avec des gens sous la forme d’avatars, participer à des événements et vivre des expériences plus riches que ce que permet le Web traditionnel. Mais surtout, on peut aussi y constituer des actifs et effectuer des transactions, ce qui vient ajouter un volet financier à ces espaces virtuels, puisqu’on peut y entrer et en faire sortir de la valeur. 

Pour le moment, c’est un univers qui demeure malheureusement fragmenté, ces différents espaces protégeant chacun son territoire et ne communiquant pas entre eux. Mais la vision à moyen terme, celle sur laquelle nous misons, est celle d’un métavers interconnecté où l’on pourra se déplacer d’un monde à l’autre et effectuer des transactions de façon transparente. C’est la vision d’un métavers ouvert, axé sur l’interopérabilité des plateformes.

Q :    Ces nouveaux espaces de navigation et ces nouvelles expériences répondent-ils à un besoin réel dans le marché ?

JB :    La meilleure façon de saisir le potentiel et le pouvoir d’attraction du métavers est de le replacer dans l’évolution de l’Internet lui-même. À l’origine, la technologie ne permettait essentiellement que d’échanger du texte, ce qui a quand même permis l’apparition d’outils nouveaux comme le blogue. Puis, par vagues successives et massives, sont arrivées les images et ensuite les vidéos, qui ont rendu possibles l’explosion du commerce électronique et l’apparition des plateformes sociales. Chaque fois que l’Internet a été en mesure d’accommoder des médias plus riches, l’utilisation qu’on en fait a changé radicalement. Nous croyons que le métavers représente une nouvelle vague où le temps et l’intensité des expériences sur nos écrans vont changer et où de nouveaux comportements vont apparaître. Ça ouvre des perspectives nouvelles en termes notamment d’échanges sociaux, d’éducation, de l’image de marque et de marketing, perspectives qui ne sont possibles que grâce aux médias plus riches du métavers.

Q :    Où donc s’inscrit Lighthouse dans cette vision du métavers ?

JB :    Avant de fonder Lighthouse, je faisais partie de l’équipe d’investissement du fonds d’actifs numériques de White Star Capital et je voyais le métavers devenir un horizon de plus en plus imminent pour l’Internet. J’ai commencé à m’interroger sur les opportunités que cela ouvrait pour un entrepreneur du Web. Je suis donc devenu « entrepreneur en résidence » chez White Star pour ensuite fonder Lighthouse, avec mon associée Justine, essentiellement sur une idée centrale : pour le métavers, il fallait repenser entièrement la façon dont fonctionne un moteur de recherche. 

Pourquoi ? Parce que les moteurs de recherche traditionnels utilisent des « crawlers » pour parcourir le Web et en indexer l’information. Cette façon de faire ne fonctionne pas dans l’univers 3D du métavers : on ne peut pas, à l’aide de crawlers, en indexer le contenu en temps réel, à grande échelle et dans l’ensemble des mondes qui composent le métavers. Il y a trop d’abstractions dans les données. Par exemple, où est l’avatar que l’on recherche, où se dirige-t-il ? Il faut une nouvelle approche pour indexer ces informations. Et comme le métavers est encore une réalité très fragmentée, c’est une opportunité pour de jeunes joueurs comme Lighthouse de s’y faire une place.

Q :    N’est-ce pas ambitieux ? Comment vous y prendrez-vous ?

JB :    En toute honnêteté, la première version de notre approche était d’inventer une sorte de « Google Maps » du métavers, qui permettrait de se déplacer d’un endroit virtuel à l’autre. Très vite, cependant, nous en sommes arrivés à la vision plus holistique d’un véritable moteur de recherche qui permettrait de trouver non seulement des endroits mais aussi des personnes, des créateurs, des événements, des actifs, des expériences.  Pour ce faire, nous indexons une grande quantité d’informations directement de la chaîne de blocs, d’une part, et nous mettons en place, avec des API, des connexions directes avec les différents mondes du métavers, d’autre part. Le fait que nous sommes un joueur jeune et neutre nous aide à conclure de telles ententes avec des entreprises qui, autrement, ont tendance à se protéger les unes des autres.

Une partie de l’équipe de Lighthouse Labs. À droite, les fondateurs Justine Massicotte et Jonathan Brun.
Une partie de l’équipe de Lighthouse Labs. À droite, les fondateurs Justine Massicotte et Jonathan Brun.

Q :    Ne craignez-vous pas d’être trop petit et trop jeune, justement, dans un monde de géants ? 

JB :    Pour l’instant, nous avons l’avantage non négligeable d’être les premiers à mettre de l’avant une telle solution et de bâtir une interconnexion entre les différents mondes virtuels. Plusieurs autres joueurs sont encore hésitants : il y a encore peu d’utilisateurs dans le métavers et le marché n’est pas si évident. Notre conviction à nous est que le métavers est la prochaine vague du Web et qu’il est inévitable qu’une solution comme la nôtre existe. Nous avons pris un « risque d’adoption » que d’autres ne veulent pas prendre, ce qui nous positionne avantageusement. Je crois donc que nous sommes les mieux placés parce que nous avons pris les devants. Il faut juste continuer d’accélérer.

Q :    Quels sont les prochaines étapes et vos principaux défis ?

JB :    À moyen terme, notre objectif est d’offrir un « creator hub » qui procédera à l’agrégation d’indicateurs à partir de tout ce que les utilisateurs font dans le métavers, de façon à livrer plus d’informations et de valeur aux marques qui utiliseront notre plateforme. À long terme, nous voulons être le point d’accès principal pour toutes les expériences offertes par le métavers.

Pour y parvenir, notre principal défi est moins l’accès au capital que l’accès au talent, puisque nous devons attirer des développeurs à qui l’aventure d’une jeune pousse audacieuse ne fait pas peur. À ce chapitre, nous sommes privilégiés par l’environnement que nous offre Montréal, avec son pool de talents et tout son écosystème de soutien à l’innovation. 

Il faudra aussi, bien évidemment, que notre thèse sectorielle sur l’avenir et le potentiel du métavers s’avère. Mais notre conviction est très forte et nous serons positionnés comme aucun autre acteur du secteur lorsque cela se produira.

LIGHTHOUSE LABS EN UN COUP D’ŒIL

Item

Création de la compagnie :

2022

Nombre d’employés :

environ 15

Produit :

moteur de recherche axé sur l’interopérabilité des espaces qui composent le métavers

Stade d’investissement :

amorçage

Plus récente ronde de financement :

2022 (7 millions $ US)

Principaux investisseurs :

Accel, BlockTower, Animoca, White Star Capital, Gemini Frontier Fund, StreamingFast, Alex Svanevik, Patricio Worthalter, Patricio Worthalter, Thibault Launay

Ambition :

être le principal point d’accès pour toutes les expériences offertes par le métavers.