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Real Ventures : Risquer pour aider

Feriez-vous confiance à un ancien hacker amateur de punk et de métal pour vous aider à lancer votre entreprise ? S’il est associé chez Real Ventures, ça pourrait vous amener plus loin que vous ne le pensez.

Imaginons que vous êtes à démarrer votre entreprise. Vous vous réveillez un matin, consultez vos fils de nouvelles et constatez qu’un concurrent inconnu au bataillon vient de copier votre site web. Contenu, design, fonctions… tout. Que reste-t-il de votre idée d’entreprise ?

Cette question, c’en est une que les gens de Real Ventures posent souvent à un entrepreneur avant d’investir dans sa startup. Au fond, si on copie votre idée, que reste-t-il que personne ne sera capable de répliquer avant plusieurs années ? Que savez-vous que les autres ne savent pas ?

« Si ton idée est géniale mais trop évidente, tout le monde peut y penser aussi. Avant d’investir, on a besoin de comprendre : pourquoi toi ? et pourquoi maintenant ? »

Celui qui s’exprime ainsi est Sylvain Carle, qui s’est joint comme associé à Real Ventures en 2014 après avoir lui-même créé plusieurs entreprises – Messagia, Interstructure, Praized, Needium –, et agi comme évangéliste pour Twitter en Californie. Et… qui a aussi un lointain passé de hacker et en connaît un bout sur les possibilités et les risques d’une startup technologique.

 

Plus utile en aidant les autres

S’il bénéficie d’une notoriété certaine dans le monde de la tech montréalaise, Sylvain Carle a préféré se joindre à Real Ventures plutôt que, comme il le dit lui-même, lancer les quatre ou cinq idées de nouvelles entreprises qui lui trottent toujours dans la tête. « J’ai pensé que j’aurais plus d’impact en travaillant du côté des investisseurs, pour aider les autres à lancer leurs propres entreprises. »

On peut dire qu’avec quelque 200 compagnies en portefeuille, Real Ventures aide, en effet, plusieurs entrepreneurs à aller de l’avant. « Comme investisseurs, nos perspectives sont à la fois plus larges et plus aiguisées que le point de vue de l’entrepreneur, parce que nous sommes exposés à plusieurs entreprises différentes. Ça nous permet de mieux l’orienter et même d’améliorer sa capacité à se représenter auprès du monde du capital de risque. »

Sylvain Carle voit une autre différence importante entre son passé d’entrepreneur et son présent d’investisseur. « Tu dois accepter que ce n’est pas toi qui tiens le volant. Même si tu as l’impression que la voiture fonce dans le mur, tu dois d’abord faire confiance au pilote. Mais des fois, c’est vrai qu’on fonce dans le mur ! »

 

De la jeune pousse à la série A

Créée en 2007 par John Stokes, Jean-Sébastien Cournoyer et Alan MacIntosh, Real Ventures est une firme de capital de risque qui se spécialise dans les premières phases de développement des entreprises, c’est-à-dire le préamorçage, l’amorçage et l’accélération. L’entreprise déploie son offre à travers différents programmes, notamment Orbite (démarrage), Front Row (incubation en milieu universitaire), Element AI (réseau en intelligence artificielle) Founder Fuel et TechStars (accélération). La firme est également active dans la Maison Notman, un campus d’entreprises technologiques situé à Montréal.

SylvainLorsque ses entreprises en portefeuille accèdent à la ronde ultérieure de financement qu’est la série A, la firme demeure généralement présente comme investisseur minoritaire, à mesure que de nouveaux co-investisseurs injectent des fonds plus conséquents.

« L’accès à la série A est notre premier marqueur de succès : c’est la validation de notre choix et du travail que nous avons accompli pendant des années pour amener l’entrepreneur jusqu’à ce point. »

Sylvain Carle s’enorgueillit notamment du succès international de certaines entreprises comme la plateforme de location en ligne Sonder, qui a participé à une phase d’accélération chez Founder Fuel en 2014. Aujourd’hui, Sonder est officiellement devenue une licorne, c’est-à-dire une startup évaluée à plus d’un milliard de dollars. À la mi-2019, l’entreprise avait réussi à recueillir des investissements totaux de plus de 400 millions de dollars US.

 

Ça prend un écosystème

Il ne faut pas croire que toutes les réussites de la firme sont aussi spectaculaires. « Quand on investit aux premiers stades, les montants sont moins importants et on se trouve à faire beaucoup de petits chèques. C’est pourquoi nous avons autant d’entreprises en portefeuille. Mais la réalité, c’est que trois sur dix, en moyenne, se rendront à la série A. »

Sylvain Carle estime que l’un des rôles de Real Ventures, au tout départ, est d’amener l’entrepreneur à être un leader conscient des conséquences et des implications de son projet. « Et en tout premier lieu, nous lui faisons réaliser qu’il n’a pas un seul produit à développer mais deux : son produit, oui, mais aussi son entreprise elle-même, parce que pour l’investisseur, c’est elle, le produit. »

L’associé de Real Ventures estime d’ailleurs que le principal défi du monde de capital de risque, au Canada, est d’identifier les meilleures startups et de travailler collectivement à leur développement. « Nos réseaux sont essentiels à la réussite de nos startups. De la même façon que ça prend un village pour élever un enfant, ça prend un écosystème pour développer une startup. »

Un espace de « coopétition »

Avant de se joindre à l’Espace CDPQ, Real Ventures avait déjà fait l’expérience d’un autre espace partagé : le campus technologique de la Maison Notman. Les associés ont retrouvé le même esprit dans la proposition de l’Espace CDPQ. « Ça crée une compétition, mais aussi un effet de collaboration, donc une ‘coopétition’. » Avantage additionnel pour une firme comme Real Ventures, qui investit dans les premiers stades des startups : cet espace leur permet de mieux connaître les investisseurs susceptibles de se manifester aux étapes ultérieures des séries A, B et C.

Mais Sylvain Carle y voit aussi un autre bénéfice, peut-être encore plus grand : c’est que l’Espace CDPQ incarne le visage du capital de risque québécois à l’international.

« Il est essentiel de nous représenter à l’international pour attirer dans notre économie des capitaux étrangers qui créeront la croissance au niveau local. Chez Real Ventures, on calcule que pour chaque dollar investi, nous attirons de trois à cinq dollars de capitaux étrangers dans notre économie.

Mais tout ça, on peut le faire beaucoup mieux ensemble que tout seul. »

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Derrière les chiffres

 

Empereur


L’Empereur Tomato-Ketchup, un 45-tours mythique du groupe Bérurier Noir dans les années 1980 – et peut-être toujours sur la playlist de Sylvain Carle.

 

Ce que Sylvain Carle aime le plus dans son métier

« Le monde que je rencontre. Leurs idées, leurs projets. C’est extraordinaire. Comme je suis très curieux de nature, chaque fois que je rencontre un entrepreneur dans un secteur que ne je connais pas, je suis en mode éponge. »

Ce qu’il aime le moins dans son métier

« Tu dis non tout le temps quand tu es un investisseur en capital de risque ! Non, on ne peut pas investir, ou, pire encore, non on ne peut plus investir. Une partie méconnue de notre travail est de bien accompagner les entrepreneurs dans cette phase-là. »

Une figure inspirante

« Je suis un fan fini de Fred Pellerin. Parce qu’il est créatif, drôle, sérieux à la fois. Pour un amoureux de la langue française comme moi, de le voir livrer ses textes comme s’il les racontait pour la première fois et juste à toi, c’est fascinant. »

Sur sa table de chevet

Toute une pile de livres. Je suis un acheteur de livres compulsif. Sur le dessus de la pile : Getting to Yes, un best-seller sur la négociation. Puis, The 15 Commitments of Conscious Leadership. Ensuite, probablement deux ou trois Wired et enfin quelques livres de science-fiction (je suis très nerd). »

La série qu’il a le plus aimée

« Il y a plusieurs années, j’avais adoré la série québécoise Série noire, avec son humour absurde. Plus récemment, j’ai trouvé Mr. Robot assez bon. Mais j’écoute aussi beaucoup de balados, par exemple Origins, sur les relations entre les investisseurs et les gestionnaires de fonds. »

La playlist qu’il écoute présentement

« Beaucoup de punk et de métal. Mais je suis très éclectique. Sur ma playlist, des artistes québécois comme Alexandra Stréliski côtoient des vieux morceaux de Bérurier noir. »