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Sciences de la vie et technologies de la santé : une industrie 100 % innovation

Cellules scientifiques roses et transparentes
Cellules scientifiques roses et transparentes

Étant donné l’évolution démographique mondiale et les coûts croissants des systèmes de santé, l’investissement dans les sciences de la vie et les technologies médicales est appelé à s’accélérer dans les prochaines années – avec, au rendez-vous, une dose massive d’innovation. 

Selon les Nations-Unies, la proportion de la population mondiale qui est constituée de personnes âgées passera de 8,3 % qu’elle était en 2015 à 17,8 % au tournant de 2060. À elle seule, cette tendance exercera une pression grandissante sur les soins de santé, dans des systèmes qui, souvent, frôlent déjà la perte de contrôle.  

Dans ce contexte, les entreprises du domaine de sciences de la vie et des technologies médicales pourraient représenter une partie de la solution, en apportant des gains d’efficacité, des thérapies plus efficaces et des technologies de plus en plus nichées. Constitué de deux principaux pôles – la biotech, axée sur le développement de nouvelles molécules et de nouvelles thérapies, et la medtech, axée sur le développement de nouveaux équipements médicaux –, le secteur est un peu un géant invisible au Québec. Il emploie pourtant quelque 40 000 personnes, dans plus de 400 compagnies. 

Trois experts actifs dans le soutien à l’investissement jettent ici un éclairage sur les perspectives de l’industrie.

Un avenir qui passe par les startups 

Jean-François PariseauCo-fondateur et associé dans la firme d’investissement en capital de risque Amplitude, Jean-François Pariseau estime que la clé de cette industrie est l’innovation et que cette clé est essentiellement entre les mains des startups. «  Au moins 40 % des innovations de l’industrie viennent des startups. Par exemple, si on regarde les revenus des grandes entreprises pharmaceutiques, on constate qu’une part importante vient d’innovations qui ont d’abord pris naissance dans des petites entreprises en démarrage du domaine de la biotech. Pour les grands joueurs, c’est un peu une façon de partager le risque de développement. » 

Curieusement, bien que le Canada ne soit pas un marché majeur à l’échelle de la planète, le pays se situerait au quatrième rang dans le monde pour le nombre de transactions de fusions et acquisitions, selon les chiffres de la firme Deloitte.


Graphique 2 Biotech
Source: Deloitte / Graphique: Espace CDPQ

Jean-François Pariseau estime que c’est un marché où le nombre d’investisseurs locaux est relativement limité, mais qu’il attire un financement international important. « Nous avons déjà calculé, pour certains fonds, que chaque dollar canadien venait avec 10 $ d’investissement étranger. » Bien qu’en plein essor, le secteur serait cependant exposé à des contraintes réglementaires qui induiraient des délais de deux à cinq ans dans la commercialisation. « Lorsqu’on ajoute à ce facteur incontournable le sous-financement des systèmes de santé qui allonge les temps de remboursement, on se retrouve devant un certain enjeu pharmaco-économique. L’un de nos défis est de nous assurer que cela ne ralentisse pas le déploiement d’innovations au Canada. » 

Un secteur diversifié 

Selon un relevé de Montréal inVivo et du ministère de l’Économie et de l’Innovation, le secteur se déploie actuellement dans plusieurs sous-secteurs de pointe.


Graphique 1 Biotech
Source: Montréal inVivo, ministère de l'Économie et de l'Innovation / Graphique: Espace CDPQ

 

Luc SiroisParmi ceux-ci, celui qui intéresse particulièrement Luc Sirois, directeur général de l’organisme Prompt et co-fondateur de Hacking Health, est le champ de la santé numérique, qu’il considère distinctement de la medtech. Ce sous-secteur consisterait à intégrer aux approches de santé les avancées des technologies de l’information et des communications (TIC)… ce qui ouvre des perspectives des plus prometteuses, mais ne va pas toujours de soi.  

« On parle de deux univers où les temps de développement ne sont pas les mêmes et où les investissements ne s’évaluent pas de la même façon. La très grande vélocité des technologies de l’information et leurs cycles de développement rapides représentent un défi pour les investisseurs en biotech et medtech.  » 

Luc Sirois estime que le numérique en santé peut apporter des progrès considérables dans les systèmes cliniques, la prestation des soins, mais aussi la prise en charge de sa santé par le patient lui-même – entre autres dimensions. Malgré la présence de grands géants internationaux et une tendance à la consolidation, il reste tout à fait possible de développer des innovations majeures à l’échelle locale. Il voit cependant, lui aussi, certains freins à l’innovation, notamment le système de remboursement des soins, la transparence des coûts de la santé, la difficulté de collaborer avec la système de santé, et le manque d'accès aux données de santé pour fin de recherche. «  Les instances publiques ont souvent tendance à se concentrer exclusivement sur les risques, mais il faut aussi mesurer tous les bénéfices pour se convaincre d'innover. Les gens ont tous une vie numérique… sauf en santé. Il faut impérativement numériser la santé.  » 

Une valeur démontrée 

Diane CôtéPrésidente-directrice générale de MEDTEQ+, dont la mission est d’accélérer le développement de medtechs innovantes et leur intégration dans les systèmes de santé, Diane Côté voit elle aussi des possibilités très grandes pour le secteur. «  Dans les 10 dernières années, les medtechs sont probablement devenues l’un des secteurs les plus dynamiques au sein des sciences de la vie, notamment avec l’apparition de technologies habilitantes, de matériaux avancés et de l’intelligence artificielle, qui est devenue omniprésente.  » 

Diane Côté estime que les capacités fonctionnelles des technologies ont explosé ces dernières années, tout en apportant une réduction des coûts. Elle cite notamment les matériaux de pointe permettant de personnaliser un implant au profil du patient, ou encore les biotextiles à usage médical. «  L’intégration des technologies de l’information ouvre aussi de nouvelles perspectives en termes de télémédecine, de télémonitoring, de télédétection, d’Internet des objets et de prise en charge de sa santé par le patient. On vient mettre en connexion le patient et le prestataire de soins comme on ne le faisait pas auparavant.  » 

Selon elle, les enjeux réglementaires et le cheminement qui en découle seraient maintenant bien compris par les investisseurs, mais le défi demeure toujours de pouvoir démontrer la valeur d’une innovation pour les systèmes de santé. 

«  Cependant, conclut-elle en rejoignant sur ce point Jean-François Pariseau et Luc Sirois, s’il y a un secteur d’investissement qui a prouvé sa valeur durant la crise de la COVID, c’est bien celui des sciences de la vie et des technologies médicales.  » 


Les sources suivantes ont été utilisées pour la rédaction de cet article : BioQuébec, Portrait des biotechnologies – Québec ; Deloitte, 2020 Global Life Sciences Outlook ; Montréal inVivo ; Statistique Canada.